
Kessous Resolution : Femina Pax
Négociations diplomatiques : des quotas de femmes pour plus de paix
Avec Guila Clara Kessous, artiste de l’UNESCO pour la paix et directrice du Forum international Femina Vox
Ainsi que la participation de représentants institutionnels de pays soutenant la résolution
MANIFESTE
Comment justifier que dans les processus de paix, les femmes ne représentent en moyenne que 13 % des négociateurs, 6 % des médiateurs
et 6 % des signataires d’accords alors que les femmes et les enfants constituent pourtant près de 80 % des populations déplacées ?
Comment agir efficacement pour la résolution des conflits alors que la moitié de l’humanité est absente des tables de négociation et des salles
de conférence ?
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C’est contre cette invisibilisation des femmes dans les processus de paix que Guila Clara Kessous, Artiste de l’Unesco pour la Paix, a présenté une résolution lors des PeaceTalks, en septembre dernier. Elle demande qu’un quota minimum de 30% de femmes soit imposé aux tables de négociations diplomatiques. La résolution sera officiellement présentée lors de la 61ème session du Conseil des droits humains, à l’ONU, en mars prochain à Genève. Une proposition forte, qui invite les femmes à être actrices de leur destin et qui, en outre, renforce les capacités de réussite des négociations.
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Pour en parler, le Club suisse de la presse a l’honneur d’accueillir Guila Clara Kessous pour une conférence de presse. Personnalité de premier plan, Directrice de Femina Vox — le forum international dédié aux droits des femmes — et Vice-présidente de l’UNF, elle est titulaire d’un doctorat réalisé sous la direction du Prix Nobel de la paix Elie Wiesel et a également enseigné à l’Université de Harvard.

SUPPORT

M. Bruno Fuchs
Président de la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale française
Père de 3 enfants et sportif (champion du Haut-Rhin au 110m haies), Bruno Fuchs est né à Colmar en 1959. Le Haut-Rhin est sa terre et celle de sa famille depuis 1689.
De 1983 à 1999, il a été journaliste à TF1, France 2 et France 5. De 2000 à 2017, il est entrepreneur. En 2014, il fonde le think tank « L’observatoire du long terme » spécialisé sur l’analyse d’enjeux politiques et économiques à long terme.
En Alsace, Il est engagé sur de nombreux dossiers essentiels pour le territoire comme la renaissance de l’Alsace avec la Collectivité Européenne d’Alsace, la sécurité du quotidien et le renforcement des effectifs de police à Mulhouse, la santé avec la défense de l’unité SOS Mains et le maintien des capacités hospitalières de l’Hôpital Emile Muller, la défense de l’environnement avec le site Stocamine et le projet de reconversion du site de la centrale nucléaire de Fessenheim.
Très accessible, les échanges constants avec la population, les institutions, les collectivités et le monde économique lui permettent de faire remonter les préoccupations des citoyens vers les circuits de décision nationaux.
L’investissement associatif lui tient également à cœur. Déjà Président de l’association « Contact Plus » basée à Colmar qui œuvre pour l’emploi et l’inclusion depuis plusieurs années, il créé en octobre 2020 une nouvelle association « Réinventons Local », un incubateur de projets citoyens ayant pour objet d’identifier avec les citoyens des projets locaux et de créer les conditions pour qu’ils puissent les réaliser eux-mêmes.
À l’Assemblée nationale, il est membre du groupe parlementaire Mouvement démocrates et démocrates apparentés, il est membre de la commission des affaires étrangères et a été membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Engagé pour un renforcement de la francophonie, il est délégué général de l’Assemblée parlementaire de la francophonie.

Mme. Corinne Lepage
Avocate et politicienne française
Corinne Lepage est une avocate et femme politique française de renom, engagée de longue date dans la protection de l’environnement.
Docteure en droit, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris.
Depuis plus de quarante ans, Corinne Lepage s’engage de multiples façons en faveur de l’environnement.
Avocate reconnue, elle a défendu les victimes de la marée noire de l’Amoco Cadiz (1978). Le cabinet Huglo-Lepage et les collectivités bretonnes ont remporté ce procès, créant ainsi une première mondiale en droit de l’environnement, qui a ouvert la voie à une protection renforcée des collectivités victimes de pollutions graves. Les affaires Erika et Grande-Synthe constituent également des succès marquants qui ont durablement influencé le droit de l’environnement.
Après un premier mandat d’élue locale en 1989, elle accepte en 1995 la proposition d’Alain Juppé et devient ministre de l’Environnement jusqu’en 1997. Durant son mandat, elle est notamment à l’origine de la loi LAURE sur la lutte contre la pollution de l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie. En 1997, grâce à une position ferme et constante, elle obtient l’arrêt définitif du réacteur nucléaire Superphénix ainsi qu’un moratoire sur les OGM. Elle est députée européenne de 2009 à 2014 et devient la première vice-présidente de la commission Environnement et Santé du Parlement européen.
Après la création du parti Cap 21 en 2000, elle fonde et préside en 2014 le parti écologiste Rassemblement citoyen – Cap 21, qu’elle préside toujours aujourd’hui.
De 1975 à 2011, parallèlement à ses activités professionnelles et politiques, elle mène une carrière d’enseignante pendant trente ans à l’Institut d’études politiques de Paris, d’abord comme chargée de cours puis comme professeure, tout en intervenant également dans plusieurs universités.
Elle est l’auteure d’une trentaine d’ouvrages consacrés au droit de l’environnement et à des essais politiques de portée générale ou plus spécifiquement environnementale. Elle a également publié plusieurs centaines d’articles dans des revues françaises et européennes.
Enfin, elle est très investie dans la vie associative. Outre l’Association des amies de la Déclaration universelle des droits de l’humanité (ADDHu), qu’elle a fondée et qu’elle préside depuis 2015, elle préside actuellement WECF, l’association Justice Pesticides, ainsi que le Mouvement des entrepreneurs de la nouvelle économie (MENE).

Mme Sanam Naraghi Anderlini
Principale architecte de la résolution ONU du Conseil de Sécurité 1325 sur Femmes, PAix et Sécurité
Sanam Naraghi Anderlini est la fondatrice et directrice générale d’ICAN, le International Civil Society Action Network, qui dirige un réseau mondial de plus de 85 organisations de consolidation de la paix dirigées par des femmes dans 42 pays touchés par des conflits. Architecte principale de la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » en 2000, elle a formé des centaines de membres du personnel des Nations unies et, en 2011, elle est devenue la première experte senior en médiation sur les questions de genre et d’inclusion au sein de l’équipe de réserve des Nations unies.
Sanam Naraghi Anderlini a été pionnière dans l’intégration des perspectives des femmes au sein de processus de paix majeurs à travers le monde. Chercheuse-praticienne de premier plan, elle est l’autrice de Women Building Peace: What They Do, Why It Matters. Forte de près de 30 ans d’expérience à travers des régions telles que la Syrie, la Palestine et le Yémen, mais aussi l’Afghanistan, le Sri Lanka, le Népal, le Nigeria et le Soudan, elle apporte une expertise incomparable reliant les initiatives de paix locales et la diplomatie de haut niveau.
Pour ses contributions à la consolidation de la paix internationale et aux droits des femmes, Sanam a été décorée de l’Ordre de l’Empire britannique (MBE) par feu la reine Elizabeth II.

Mme Nanette Lafond-Dufour
Présidente du Women's Forum for the Economy and Society
Nannette Lafond-Dufour est Directrice de l’Impact (Chief Impact Officer) du Groupe Publicis. Nommée à ce poste mondial nouvellement créé il y a un an, Nannette est chargée de générer un impact immédiat dans le cadre des engagements ESG de long terme du Groupe. Ceux-ci incluent les objectifs climatiques ambitieux de Publicis validés par la SBTi, ses plans d’action concrets en matière d’équité et d’impact, ainsi que des initiatives phares telles que l’engagement Working with Cancer et le Women’s Forum for the Economy & Society, dont elle est également Présidente.
Auparavant, Nannette occupait le poste de Global Chief Client Officer chez McCann Worldgroup. Elle y assurait la supervision stratégique et opérationnelle de l’ensemble des clients mondiaux et régionaux du groupe, pilotant les capacités de communication de bout en bout afin de garantir aux clients les ressources essentielles à la réussite de leurs activités.
Nannette a également inauguré la fonction de Global Chief Sustainability Officer. Chargée de traiter l’empreinte environnementale de McCann Worldgroup dans plus de 100 pays, elle a travaillé en partenariat avec les clients pour répondre à des objectifs de durabilité urgents et a dirigé les équipes ayant permis une gestion responsable du groupe. Elle a défini la vision, conduit la stratégie et mené la conduite du changement nécessaires à la transformation des opérations et de la culture de l’entreprise afin d’atteindre des objectifs ambitieux en matière de durabilité.
Forte de plus de 30 ans de carrière, Nannette a été responsable de la conception et du déploiement de plateformes de marque mondiales pour des entreprises telles que L’Oréal, P&G, J&J, Nestlé, Pepsi, Philips Electronics et Pfizer Pharmaceuticals, entre autres.
Nommée dans la liste Women to Watch d’Advertising Age, qui distingue les femmes pionnières dans la publicité, le marketing et les médias, Nannette est reconnue pour la solidité de ses relations clients, sa capacité à générer des résultats mesurables, sa fine compréhension des enjeux business et son leadership collaboratif.

Dr. Aurora Martin
Vice President of the International Institute for Human Security and Global Chair of the G100.
La Dre Aurora Martin est une figure majeure de la défense de l’égalité femmes-hommes et des droits humains. Elle est vice-présidente de l’International Institute for Human Security et présidente de Womanity for All. Spécialiste engagée contre les violences fondées sur le genre et promotrice du dialogue interculturel, elle a enseigné dans de nombreuses universités prestigieuses en Europe, aux États-Unis et en Asie.
Elle a également occupé des postes de haut niveau au sein des institutions nationales roumaines dédiées à l’égalité et à la lutte contre la discrimination. Sa reconnaissance internationale s’est renforcée après l’obtention d’une bourse du Département d’État américain en 2016, qui a inspiré la création, en 2019, du Mobile Museum of Modern-Day Slavery — une initiative européenne innovante visant à sensibiliser au trafic d’êtres humains en Roumanie, en Moldavie, puis bientôt dans l’ensemble des Balkans.
Nommée en 2022 Global Chair for Intercultural Dialogue au sein du réseau G100, la Dre Martin a reçu de nombreuses distinctions pour ses contributions à la paix, à la sécurité et aux droits des femmes, notamment de la Women Economic Forum ainsi que des gouvernements roumain et égyptien. Elle a également été nommée Doctor Honoris Causa par Rai University à New Delhi.
Mise à l’honneur par WomanScape et autrice de 12 ouvrages publiés en plusieurs langues, la Dre Martin continue d’influencer les débats internationaux sur l’égalité de genre. Son action est largement reconnue comme un exemple puissant de l’impact transformateur des initiatives portées par des femmes pour faire progresser la paix, la sécurité et la justice sociale.

Mme. Mette Laursen
Fondatrice et Directrice Générale de LinKS
Mette (Mellie) Laursen est fondatrice et directrice générale de LinKS, une alliance pionnière qui opère à l’intersection de la politique, de la science, du monde des affaires et de la société. Depuis plus de 25 ans, elle dirige LinKS en formant et en réunissant des décideurs de haut niveau issus des secteurs public et privé, à travers des partenariats avec des institutions de premier plan telles que Wharton School et l’INSEAD, contribuant ainsi à façonner les postures de leadership nécessaires pour relever des défis mondiaux complexes.
Conseillère stratégique de confiance et ambassadrice internationale, elle a collaboré avec des dirigeants de premier plan, des ministères, des juridictions et des multinationales, tout en pilotant des initiatives internationales telles que The Chairs’ Agenda, une plateforme mondiale co-créée avec des ambassadeurs de plus de 20 pays afin de promouvoir le leadership féminin et une gouvernance résiliente.
Forte d’un parcours couvrant le management exécutif, la gouvernance d’entreprise, la diplomatie et le service public — du ministère des Finances à Ernst & Young, en passant par BLOX Global, ainsi que de nombreuses fonctions honorifiques et nominations royales — Mette Laursen apporte une expertise rare dans la création d’alliances capables de relier intérêts nationaux et ambitions globales. Son travail établit en permanence un lien entre la prise de décision stratégique de haut niveau et l’impact sociétal de long terme, faisant d’elle une figure de référence de la collaboration intersectorielle en Europe et au-delà.

Mme. Carolyn Handschin-Moser
Vice Présidente de la Women's Federation for World Peace
Carolyn est vice-présidente de la Women’s Federation for World Peace – International (WFWPI), où elle supervise le développement des programmes au sein des 22 chapitres nationaux en Europe. Elle est fréquemment invitée à intervenir lors de conférences, notamment au sein d’institutions gouvernementales et européennes, sur des thématiques transversales telles que les femmes, le leadership de demain, la paix et le développement durable. Avant de devenir directrice des bureaux des Nations unies pour la WFWPI, elle a dirigé pendant 18 ans l’équipe de plaidoyer auprès des Nations unies à Genève, en se concentrant sur la paix et les droits humains à travers l’autonomisation des femmes et des filles, leur rôle dans la construction des nations et la protection de la famille.
Soucieuse des enjeux liés à la jeunesse, elle a fondé en 2005 le programme de stages WFWPI-ONU à Genève, dont elle est toujours directrice. Plus de 40 jeunes femmes et quelques jeunes hommes issus de trois continents ont été diplômés de ce programme, qui a souvent encouragé leurs choix de poursuite d’études dans les domaines des droits humains, de la diplomatie et du plaidoyer — ou, plus largement, leur compréhension de la manière de penser et d’agir en tant que citoyens du monde. Elle est également co-coordinatrice de la série de conférences des femmes du Moyen-Orient depuis 17 ans. Cinq de ces événements se sont tenus aux Nations unies à Genève, réunissant jusqu’à 60 femmes de l’ensemble du Moyen-Orient aux côtés d’experts et de praticiens issus des gouvernements, de l’ONU et de la société civile, afin de débattre des nombreux défis et opportunités pour la paix à travers la participation des femmes.
Madame Handschin est aussi cofondatrice du programme Geneva Interfaith Intercultural Alliance – Youth Model UN Interfaith Council. Ce projet a donné lieu à une série de sept conférences aux Nations unies, au cours desquelles une équipe de jeunes représentants de différentes confessions a pu débattre de questions urgentes et formuler, par consensus, des recommandations à destination de l’ONU, des gouvernements et des instances interreligieuses.
Elle est écrivaine et journaliste, collaborant à diverses publications, notamment à l’Encyclopédie en ligne de l’UNESCO. Elle est rédactrice en chef de WFWP UN News depuis 2014. Elle est mère de sept enfants, grand-mère de trois petites-filles, et peut compter sur le soutien de son mari, qui constituent pour elle une ressource, une source d’inspiration et parfois une boussole pour son engagement professionnel.
CONTRIBUTIONS

Dr. Aurora Martin
Vice President of the International Institute for Human Security and Global Chair of the G100.
Bonsoir à toutes et à tous,
Distingués représentants, membres de la presse,
Permettez-moi de commencer par une réalité qui transforme profondément notre manière de penser la paix et la sécurité.
Lors de la Première Guerre mondiale, les civils représentaient 5 % des victimes ;
lors de la Seconde Guerre mondiale, 50 %.
Dans les conflits des années 1990, les civils comptaient pour 90 % des victimes.
Cette tendance se poursuit aujourd’hui.
Dans la guerre en Ukraine, les civils ont supporté l’essentiel du coût du conflit, et les femmes et les enfants représentent près de 90 % des personnes déplacées.
Ce phénomène n’est pas accidentel. Il reflète la nature des conflits contemporains, où la guerre ne se limite plus aux lignes de front, mais se déploie au cœur même des sociétés — dans les foyers, dans les communautés, dans la vie quotidienne ; où les sociétés elles-mêmes deviennent le champ de bataille.
Cette réalité nous oblige à l’affirmer clairement : la place des femmes ne se limite pas à la catégorie des « populations vulnérables ». Elles ne sont pas seulement des victimes des conflits. Les femmes sont des actrices centrales de leurs conséquences sociales, culturelles, humaines et politiques — et, à ce titre, elles doivent être au cœur de leur résolution.
C’est précisément pour cette raison que l’appel à un quota minimum de 30 % de femmes aux tables de négociation diplomatique n’est pas symbolique. Il est stratégique, opérationnel et urgent.
Nous le savons déjà grâce à la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité, qui affirme qu’une paix durable est impossible sans la participation pleine, égale et significative des femmes à toutes les étapes de la prévention des conflits, de leur résolution et de la consolidation de la paix. Et pourtant, vingt-cinq ans plus tard, les femmes restent dramatiquement sous-représentées dans les négociations.
Du point de vue du dialogue interculturel, cette exclusion n’est pas seulement injuste — elle est inefficace.
Cette absence fragilise les processus de paix.
Les négociations de paix sont, par essence, des processus interculturels. Elles impliquent des récits concurrents, des mémoires historiques, des identités, des valeurs et des expériences vécues. Les femmes se situent souvent au carrefour de ces dimensions — en tant que médiatrices communautaires, éducatrices, aidantes, actrices économiques, agentes de cohésion sociale et passeuses de continuité culturelle.
Les exclure revient à exclure des couches entières d’intelligence sociale du processus de négociation.
Le dialogue interculturel ne se résume pas à un échange courtois : il consiste à écouter à travers les différences afin de produire des solutions opérationnelles. Il vise à renforcer la qualité, la légitimité et l’efficacité de la prise de décision. Et la diversité autour de la table n’est pas un obstacle à la paix ; elle en est l’une des conditions les plus solides.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Cela signifie dépasser le soutien rhétorique pour aller vers des garanties institutionnelles :
Cela signifie garantir la présence des femmes par des quotas contraignants,
Cela signifie reconnaître les femmes non seulement comme participantes, mais comme négociatrices et décideuses,
Cela signifie intégrer une expertise sensible au genre et informée culturellement dans les processus de paix,
Cela signifie tenir les institutions responsables de la mise en œuvre, et pas seulement de l’engagement.
Au sein du G100 Global Women Leaders, nous soutenons fermement ce passage de la visibilité à la responsabilité, de l’inclusion comme principe à l’inclusion comme pratique. Je souhaite saluer la Dre Harbeen Arora pour avoir créé une plateforme mondiale capable de porter ce changement structurel, ainsi que la Dre Guila Clara Kessous pour avoir fait avancer une résolution qui traduit des principes de longue date des Nations unies en un mécanisme politique concret.
Enfin, je tiens à remercier les membres de la presse. Votre engagement est essentiel. En amplifiant ces discussions, vous contribuez à ce que la participation des femmes à la paix ne soit plus considérée comme optionnelle, exceptionnelle ou symbolique — mais comme indispensable.
La paix d’aujourd’hui exige de nouveaux acteurs, de nouvelles perspectives et un nouveau courage. Elle exige inclusion et réalisme.
Les femmes ne demandent pas à être incluses dans les processus de paix.
Elles sont essentielles pour rendre la paix possible.
Je vous remercie.

Mme Nanette Lafond-Dufour
Présidente du Women's Forum for the Economy and Society
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs,
Je viens du monde de l’entreprise. Et dans ce monde, une chose ne fait désormais plus débat : lorsque les femmes sont autour de la table, les organisations performent mieux. Elles sont mieux gouvernées. Plus innovantes. Plus résilientes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les conseils d’administration véritablement paritaires affichent de meilleures performances en matière de gouvernance, de durabilité et de stratégie. Et lorsque les femmes occupent 30 % des sièges, l’effet devient visible, mesurable, indiscutable. Selon l’indice MSCI All Country World, ces entreprises ont enregistré des rendements cumulés supérieurs de 18,9 % à ceux des entreprises en-deçà de ce seuil de 30 % (MSCI, 2024 ; International Journal of Disclosure and Governance, 2024).
Pourquoi ? Parce qu’elles questionnent les angles morts, apportent une approche différente du risque et une vision de long terme. Et parce qu’elles représentent la moitié de la société et ont le droit de participer aux processus de décision.
Si cela fonctionne dans le monde de l’entreprise, pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas pour construire la paix ?
Au Women’s Forum, nous travaillons depuis longtemps sur la diplomatie féministe et le rôle des femmes dans les zones de conflit. Nous avons porté ce sujet au G7 à Berlin en 2022. Et là encore, les données sont sans appel : lorsque les femmes participent aux négociations de paix, les accords ont 35 % de chances supplémentaires de durer au moins quinze ans. Ce n’est pas symbolique. C’est un résultat prouvé (Council on Foreign Relations).
Représentant 52 % de la population mondiale, il est tout simplement logique de laisser les femmes traiter les sujets qui ancrent la paix dans le réel : l’éducation, la santé, la reconstruction, l’accès aux ressources et la lutte contre les violences sexuelles. Chacun doit pouvoir s’exprimer sur le quotidien des populations, là où la paix se gagne ou se perd.
Et pourtant, en 2025, elles ne représentent toujours qu’une minorité dans les processus de paix pilotés par l’ONU. En 2023, seules 9,6 % d’entre elles ont participé aux négociations de paix (Nations Unies, « Women, Peace and Security »).
Pourquoi ? À cause de normes patriarcales persistantes, des menaces, des violences et du manque de financements qui les empêchent d’être là où elles devraient être.
Mais soyons clairs ! Alors que les crises se multiplient, alors que les femmes demeurent les premières victimes des conflits armés… nous avons besoin d’elles à la table des négociations !
Il ne s’agit pas de politiquement correct. Il ne s’agit pas de quotas. Il s’agit de pragmatisme, de gestion des risques et de stabilité ! Messieurs, vous n’obtiendrez pas la paix seuls !
C’est pourquoi je suis fière de me tenir aujourd’hui aux côtés de Guila Kessous, ancienne Rising Talent du Women’s Forum, et de soutenir cette résolution.
Parce qu’elle n’est pas seulement nécessaire, elle est urgente. Et surtout : elle est attendue depuis bien trop longtemps !
Je vous remercie.

Mme. Carolyn Handschin-Moser
Vice Présidente de la Women's Federation for World Peace
Merci, Guila, pour ton invitation, et pour ton amitié, ton engagement et ton exigence professionnelle.
Pas de paix sans les femmes : une campagne mondiale menée par les femmes et les jeunes, mais au service de toute l’humanité
Lancée à l’ONU à Genève, juste après le déclenchement de la guerre en Ukraine, avec la pleine conscience que les conflits sont évitables et que le leadership est déterminant.
Elle a mobilisé des femmes dirigeantes de premier plan : Premières Dames, responsables d’entités onusiennes, anciennes cheffes de gouvernement et ONG, dont mon comité NGOCSW Genève, afin de passer à l’action alors que notre indignation était à son comble… une initiative portée par la WFWPI et l’IAFLP.
La campagne appelle les femmes du monde entier à s’unir pour exiger la fin de la guerre et de l’agression comme comportements « acceptables ».
Elle rappelle que les femmes leaders — et les mères — sont des dirigeantes naturelles pour cela. Avec ou sans titre, nous sommes formées à gérer, et bien souvent à résoudre, l’agression et les conflits, au travail comme au sein de nos familles.
Elle s’inscrit dans la continuité de campagnes historiques réussies de solidarité féminine pour résoudre les conflits, reconstruire et réconcilier : la Croix-Rouge, Dresde, le Liberia, et tant d’autres initiatives restées trop souvent invisibles.
Nous disposons d’outils extraordinaires pour agir : la Culture de la paix, la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Objectifs de développement durable, la CEDAW.
Ce que nous ne pouvons pas perdre — et pour cela, nous avons besoin les unes des autres — c’est cette même intensité, cette même conscience de l’enjeu vital, de vie ou de mort, que portent les guerres.
Partout dans le monde, les femmes unissent leurs forces pour résister à la guerre et coopérer en faveur de la guérison, d’une paix durable et de la préservation de la dignité humaine.
Nous, les femmes, devons commencer par nous pardonner et créer la paix entre nous.
Le secret de notre succès en tant que leaders de la paix réside dans notre conscience intime de la tragédie personnelle que représente la guerre, ainsi que dans notre souci de nos enfants et des générations futures.
Nous nous sommes interrogées sur la manière de faire de cette campagne un mouvement véritablement mondial, et nous nous sommes retrouvées naturellement rassemblées avec d’autres réseaux de femmes partageant les mêmes valeurs, chacune avec ses objectifs à court terme, mais unies dans une vision commune de paix et de co-prospérité.
Merci, Guila, pour Pax Femina, ainsi que pour les partenariats en pleine expansion, notamment avec mon Comité ONG sur le Statut des Femmes à Genève, et la campagne emblématique de G100 Women, qui devraient s’harmoniser et renforcer encore davantage la solidarité.
La campagne No Peace without Women continue de prendre de l’ampleur, avec déjà cinq conférences internationales et régionales organisées, notamment dans les Balkans, avec le soutien de l’ONU, des gouvernements et des acteurs locaux.
Mais l’objectif est d’encercler la planète d’une force irrésistible, où les voix des femmes et les modèles de bonnes pratiques sont respectés et deviennent la norme — un monde où les jeunes filles grandissent en sachant que leur contribution à la paix et au développement humain est indispensable.
Merci encore, Guila !